Interview with Le Monde on NY Donor’s Conference

Marcel Stoessel, chef de mission à Haïti pour l’ONG Oxfam

“Haïti a une chance unique dans son histoire”

LEMONDE.FR | 01.04.10 | 18h05  •  Mis à jour le 02.04.10 | 11h02

Réunis à New York, mercredi 31 mars, les pays donateurs ont promis de consacrer près de 10 milliards de dollars (7,4 milliards d’euros) pour aider Haïti à se relever du séisme dévastateur du 12 janvier. Un montant supérieur aux attentes, donc “extrêmement satisfaisant” pour Marcel Stoessel, chef de mission à Haïti pour l’ONG Oxfam, qui estime que Haïti a là “une chance unique” d’ouvrir un nouveau chapitre de son histoire.

Dix milliards de dollars d’aide, est-ce un montant suffisant pour reconstruire Haïti ?
Je ne pense pas que quelqu’un puisse dire exactement quel est le montant nécessaire pour aider Haïti, mais ce montant s’approche de l’évaluation des dommages. Vu les besoins énormes, immédiats comme à long terme, nous sommes très satisfaits du résultat de la conférence de New York, ce montant est supérieur à ce qui était généralement attendu.
Nous émettons cependant deux réserves. D’une part, il faut que cet argent promis soit réellement donné. Dans beaucoup de grandes urgences humanitaires, l’argent promis n’est pas arrivé en intégralité, comme par exemple lors de l’ouragan Mitch [qui avait tué plus de 9 000 personnes en Amérique en 1998]. A New York, il y avait des promesses de transparence sur ce sujet, avec un site web qui devrait permettre de suivre l’argent qui arrive sur le terrain.
D’autre part, il faut qu’il s’agisse d’argent nouveau. Il est arrivé dans le passé que de l’argent promis pour une cause représente l’argent qui était déjà affecté ailleurs et qui a été réorienté.
Il pourrait s’agir soit d’argent déjà affecté à Haïti, dans des projets de développement antérieurs au séisme, soit d’argent affecté à d’autres crises humanitaires dans le monde. L’attention internationale et des médias est focalisée sur Haïti, mais nous ne devons pas oublier les autres pays qui subissent des catastrophes ou qui souffrent de la pauvreté. Nous avons observé, par exemple, après le tsunami [du 26 décembre 2004], qu’il était difficile d’obtenir suffisamment de fonds pour d’autres urgences dans le monde. Dans ce cas, le contrôle est beaucoup plus difficile, car nous n’avons pas accès aux comptes internes des organisations.


A quoi pourra servir cet argent ? Quels sont les besoins ?
L’argent va être utilisé sur le court terme et sur le long terme. Il y a toujours des besoins d’urgence, notamment dans le domaine de l’abri, qu’on doit continuer a suivre. Environ 5 milliards de dollars sont affectés pour les prochains dix-huit mois, et 5 milliards de dollars pour le plus long terme. Oxfam a réalisé une enquête d’un type inédit auprès de 1 700 Haïtiens pour connaître leurs besoins, et j’ai été très surpris du résultat : leur premières priorités sont l’emploi et l’éducation, ils veulent retourner au travail et éduquer leurs enfants.
La troisième priorité, c’est le logement, la quatrième le développement de la production nationale. Et là, il faut dire qu’il est important de décentraliser le pays. Haïti a beaucoup souffert de la centralisation politique, administrative et économique. Il faut développer les autres villes et la campagne, la production agricole. Il est vrai que beaucoup de problèmes étaient déjà présents avant le séisme, mais le 12 janvier s’est ouvert un nouveau chapitre pour le pays permettant d’avancer réellement le développement d’Haïti.

Comment va être affecté cet argent ?
Nous nous posons aussi la question, pour l’instant il semble qu’un fonds va être mis en place. Haïti détient ici une chance unique dans son histoire de se remettre sur pied et d’avancer sur beaucoup de sujets. C’est une énorme chance. Maintenant, ce dont le pays a besoin, ce n’est pas forcément de plus d’argent, mais d’assurer que cet argent atteigne les plus vulnérables et contribue véritablement à avancer le développement du pays. Le rôle du gouvernement haïtien et de la société civile est fondamental.
Le gouvernement commence à être plus actif, il faut aussi qu’il communique clairement et d’une manière efficace avec la population. C’est au gouvernement de prendre la reconstruction en charge, il connaît beaucoup mieux ce dont a besoin le pays que la communauté internationale.

Propos recueillis par Hélène Bekmezian

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